8,
lendemain de la prise d'Alexandropol, Kiazim Karabekir
pose ses conditions : retrait à 15 kilomètres à l'est de cette
ville. Le lendemain, les Turcs sont encore plus exigeants. Sous
prétexte qu'ils ont reçu de nouvelles instructions d'Ankara, ils
exigent un retrait plus important encore, le désarmement de
toutes les troupes arméniennes sauf 1 200 hommes et le
contrôle du chemin de fer jusqu'à la frontière géorgienne. Ne
pouvant accepter ces conditions, Erevan, tout en maintenant
son contact avec les Alliés, cherche la médiation de Moscou.
Son représentant à Tiflis, Tigran Bekzadian, intervient le 4
novembre auprès de Corbel pour lui rappeler qu'une aide
urgente s'impose si l'on veut éviter un désastre militaire.
Corbel répond que les demandes dans ce sens adressées au
commandement allié sont restées sans réponse, et i l ajoute :
«
I l ne reste aux dirigeants arméniens qu ' à chercher une issue
sauvant et protégeant leur peuple de l'extermination physique
et son Etat de l'anéantissement définitif (77). »
Le 11 novembre, Tchitcherine télégraphie aux gouverne–
ments arménien et turc qu'il envoie son plénipotentiaire
Boudou Mdivani sur le théâtre des opérations militaires et
qu'il espère que les hostilités cesseront en même temps.
A Erevan et sur le front, le bruit se répand avec insistance
que Kemal agit avec l'approbation de l'Entente ou de certaines
puissances de l'Entente, notamment de l'Angleterre. Dans ces
conditions « les hommes politiques arméniens ignorent les
intentions des Alliés à leur égard, ils sont dans l'impossibilité
de conformer leur attitude à une politique qui est faite en
dehors d'eux ; ils ne savent pas si certains sacrifices doivent être
consentis, si des négociations avec Kemal peuvent entrer dans
les vues des Alliées (78) ». Ainsi, les Soviets ont beau jeu
d'offrir leur médiation au moment critique où l'Entente est
absente et muette.
Le 15 novembre a lieu à la mission soviétique à Tiflis une
réception pour fêter la défaite de Wrangel ; y assistent les
représentants de la Géorgie, de l'Azerbaïdjan soviétique et le
représentant d'Ankara, Kiazim bey. Interrogé sur les pré–
tentions des kémalistes, ce dernier déclare qu'ils réclament
(77)
A . M . A . E . F . , Russie-Caucase, 653, P 8 1 .
(78)
lbid.
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Fonds A.R.A.M