Après la chute de Kars, le 31 octobre, le gouvernement
arménien cherche à nouveau désespérément l'aide de l'En–
tente. Cependant, de nombreux indices indiquent un revire–
ment des Alliés à l'égard des kémalistes avec lesquels ils
cherchent à constituer un front antibolchevik au Caucase. A la
mi-octobre, Stokes envoie un télégramme confidentiel à Lord
Curzon, l'informant du désaccord turco-bolchevik, et re–
commande une démarche auprès des kémalistes : « L'amitié
avec les Turcs nous ferait abandonner notre politique d'aide
aux Grecs pour leur expansion en Turquie mais nous gagnerait
les sympathies de l'Islam. Je vous communique ces considé–
rations et vous demande s'il est souhaitable d'établir un
contact de Tiflis avec Mustafa Kemal (74). »
Dans un long discours prononcé le 4 novembre à l'Assem–
blée géorgienne, Noï Ramichvili décrit la situation créée après
la prise de Kars : « D'après les renseignements dont dispose le
gouvernement, les kémalistes sont soutenus directement par
l'Italie, et indirectement par l'Angleterre et même par la
France. L'Italie surtout, craignant un renforcement excessif de
la Grèce, fournit des munitions aux kémalistes (75). »
Le 9 novembre, le journal
Slovo
(
La Parole) de Tiflis écrit :
«
Une opinion très répandue à Tiflis, c'est que l'attaque
kémaliste contre l'Arménie a été encouragée par l'Entente (en
particulier par la Grande-Bretagne) pour donner à Kemal des
compensations vers l'Est et amener un conflit entre lui et le
gouvernement soviétique.
Pris dans le tourbillon des positions contradictoires des
Alliés, des Turcs et des Soviets en raison de l'absence de toute
information sur les intentions réelles des parties en cause, le
gouvernement d'Erevan ne savait plus à quel saint se vouer : il
s'adressa même à Varsovie pour que « dans les conditions du
traité de paix actuel négocié entre la Pologne et la République
des Soviets soit insérée une clause garantissant le respect de
l'indépendance de l'Arménie (76) ».
Le 3 novembre, devant l'imminence de la défaite, le
gouvernement arménien demande un armistice à Ankara. Le
(74)
K a p u r ( l l ) , p. 67.
^
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G u e r r e , 653, Dos.
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173
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lbid., t 212.
142
Fonds A.R.A.M