porteurs d'offres séduisantes : facilité de circulation dans les
Détroits et promesse de faire exercer une pression sur les
éléments musulmans de la Russie et de l'Orient pour les faire
participer à la lutte anti-impérialiste. Ils espèrent en échange
obtenir des concessions territoriales en Arménie et en
Géorgie (23). Mais Tchitcherine est intraitable. Profitant de la
présence des deux délégations à Moscou, i l propose l'établis–
sement d'une « frontière ethnique » par l'échange des po–
pulations arméniennes et musulmanes, afin de constituer de
chaque côté des territoires ethniquement homogènes, ce qui
impliquerait la cession à l'Arménie des vilayets de Van et de
Bitlis.
Cependant, la signature du traité de Sèvres, le 10 août
1920,
prélude à la domination de l'Entente en Turquie et les
succès des Polonais de Pilsudski avec, le 15 août, le « miracle
de la Vistule », favorisent le rapprochement turco-soviétique.
Un accord de principe comportant une aide matérielle à la
Turquie est conclu le 24 août. Mais quelques jours plus tard, à
la veille du départ de la délégation turque, Tchitcherine
signifie à Bekir Sami bey que cet accord n'entrerait en vigueur
que si la Turquie acceptait de céder aux Arméniens une partie
des provinces de Van et de Bitlis (24). Les Arméniens, qui
obtiennent par le traité de Sèvres la reconnaissance de leurs
droits sur l'Arménie occidentale, dont les frontières doivent
être fixées par la sentence arbitrale du Président Wilson, ne
veulent pas s'engager davantage avec les Soviets, de crainte
d'indisposer l'Entente qui leur fournit enfin les armes tant
attendues. L'occupation des districts contestés du Karabagh et
du Zanguezour par les bolcheviks constitue une autre cause de
méfiance à leur égard.
Les pourparlers en vue d'un traité de paix arméno-sovié-
tique n'ayant pas abouti, ils devraient, selon Tchitcherine,
trouver « pour plus de commodité » leur prolongement à
Erevan par l'entremise du plénipotentiaire soviétique Boris
Legran (25) : « Son arrivée contribuera à mettre au jour tous
(23)
Documents U.R.S.S.
(113),
vol. II, p. 555.
(24)
Dumont (69), p. 174.
(25)
Né en 1884 de parents français, Legrand (nom russifié Legran) membre du
P.O.S.D.R. depuis 1901 et du Comité bolchevik de Petrograd (1906-1907), mène une
activité révolutionnaire à Bakou, Tiflis, Kazan et Moscou (1907-1913). Après la révolu–
tion d'Octobre, il est nommé adjoint au Commissariat aux Affaires militaires. Directeur
de l'Ermitage de Leningrad (1930-1936). Victime des purges en 1937.
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Fonds A.R.A.M