en Russie, l'Entente estimait que la situation était propice au
Caucase pour tenter une opération de diversion. De Martel
écrivait à Paris : « La Géorgie et l'Arménie peuvent tenter avec
notre concours de profiter de cette situation ; or, l'évacuation
précipitée de Batoum va créer aux Géorgiens des difficultés
insurmontables (...) sans la Géorgie, l'Arménie n'existe plus,
et nous porterons la responsabilité d'avoir assuré le triomphe
du bolchevisme au Caucase au moment précis où la situation
sur d'autres fronts l'oblige à desserrer son étreinte et où des
représentants autorisés des Montagnards et de l'Azerbaïdjan
s'adressent à nous pour nous demander de les aider et
d'exploiter la faiblesse actuelle des Rouges (12). »
Le gouvernement arménien demande encore une fois s'il
peut compter sur les Alliés et si les promesses faites par le
Conseil Suprême de lui fournir de l'armement sont purement
et simplement abandonnées. La réponse faite par de Martel est
embarrassée : « Mes nombreux télégrammes au sujet de l'en–
voi des armes et des munitions sont toujours restés sans
réponse (13). »
A Paris, on semble attacher plus d'importance aux opéra–
tions des Polonais et des Blancs contre les bolcheviks ; les Alliés
ne sont prêts à soutenir les Caucasiens que dans la mesure où
cela peut créer des difficultés supplémentaires aux bolcheviks.
Cependant, alors que Lord Curzon avait demandé le 24 avril à
Tchitcherine d'arrêter les opérations militaires au Caucase,
Lénine enjoignit le 5 mai à Ordjonikidze de faire retirer les
troupes rouges de la frontière géorgienne qu'elles ont essayé de
traverser, comme i l avait été obligé de le faire naguère en 1918
sur l'injonction des Allemands. Apparemment, les bolcheviks,
inquiets du succès de leurs adversaires, préoccupés par des
soulèvements au Daghestan qui les obligent à prélever des
troupes en Azerbaïdjan pour les envoyer contre les insurgés,
n'ont certainement pas l'intention de se créer de nouvelles
difficultés du côté de la Géorgie et de l'Arménie, appuyées par
les Alliés. Pour l'instant, ils désirent maintenir la paix avec ces
pays afin d'éviter l'ouverture d'un troisième front.
La situation est jugée différemment par les bolcheviks
arméniens. Encouragés par la présence de l'Armée rouge à
(
U)Ibid,
630,
f° 51.
(
lï)Ibid.,
629,
f 185.
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Fonds A.R.A.M