de la Guerre et de la Marine, des directions de la Police et des
Postes, ils arrêtent quelques anciens dirigeants soupçonnés de
complicité avec Kemal, tels que Djevad pacha et Raouf bey,
future ministre de Kemal. Ce coup de force maladroit
indignera aussi bien les Turcs restés fidèles au Sultan que les
partisans de Kemal, et provoquera des controverses parmi les
Alliés eux-mêmes. Revenu du Caucase, le général Milne,
nouveau commandant des forces d'occupation alliées à Cons–
tantinople, demande le rappel du général Franchet d'Espéray,
commandant des armées alliées en Orient, accusé d'agir contre
les intérêts britanniques. L'occupation de la ville soulève les
protestations du Sultan. Le 17 mars, le grand vizir Salih
déclare : « La cause principale de la naissance du mouvement
kémaliste en Asie Mineure est l'occupation absolument in–
justifiée du vilayet d'Aïdin par les troupes grecques et les
horreurs et atrocités commises dans cette région ainsi que le
projet de création d'une grande Arménie et d'un Etat grec du
Pont (61). » La réaction de Kemal est plus violente. Son
discours à l'ouverture de la Grande Assemblée, le 23 avril, est
une véritable déclaration de guerre à l'Angleterre et un appel à
la solidarité du monde musulman : « C'est une agression
dirigée moins contre l'Empire ottoman que contre le monde
musulman, et une insulte au Califat, à la conscience collective
de l'Azerbaïdjan, du Caucase du Nord, de l'Afghanistan, de
la Perse, en un mot de tout le monde musulman (62). »
Le 28 mars, Steeg, directeur de la Banque ottomane,
exprime dans un télégramme envoyé au ministère de la Marine
l'inquiétude des milieux financiers français : « Si l'on doit
entreprendre une campagne militaire pour soumettre
l'Anatolie, surtout si les Grecs y participent, i l faut envisager
une nouvelle guerre du Mexique. » I l demande l'abandon de
la politique « de provocation à l'anarchie ». I l serait, selon lui,
préférable de renoncer « à tous nos droits politiques en Orient,
réservant ici la sauvegarde de nos intérêts économiques et
obtenir ailleurs des compensations politiques, laissant l'An–
gleterre régler seule les difficultés qu'elle a soulevées avec le
monde musulman (63). » De son côté, le lieutenant-colonel
(61)
A.M.A.E.F., Turquie, Politique extérieure, 143, fos. 192-193
(62)
Ibid.,
fos. 194-195.
(6
i)Ibid,
f° 220.
99
Fonds A.R.A.M