avec la Turquie à la conférence qui se tient à San Remo (18-26
avril 1920). En ce qui concerne l'Arménie, le Conseil décide de
lui attribuer une partie des vilayets de Van, Bitlis, Erzeroum et
Trébizonde. Le 25 avril, i l adresse un appel au Président
Wilson pour que les Etats-Unis acceptent le mandat sur
l'Arménie et pour lui demander son arbitrage sur le tracé des
frontières du nouvel Etat. Le Président, qui est favorable à
l'exercice de ce mandat, se heurte à l'opposition du Sénat,
influencé probablement par le rapport présenté par Harbord
après sa mission. Curieusement équilibré, ce rapport évoque
en 13 paragraphes les 13 raisons pour et les 13 contre
l'acceptation du mandat. Harbord préconise le contrôle par les
Etats-Unis de l'ensemble du Caucase et de l'Anatolie, et pour
éviter les complications internationales qui ne manqueraient
pas de se produire, i l demande l'accord formel de la France et
de l'Angleterre, ainsi que l'approbation définitive de l'Al–
lemagne et de la Russie (60). I l était clair, dans ces conditions,
que les intérêts de la France et de l'Angleterre dans ces régions
seraient lésés, et que la rivalité entre eux, déjà latente, ne
pourrait que s'accroître. Qui plus est, les implications militai–
res et financières pour l'Amérique dans cette entreprise, sans
contrepartie à court terme, auraient été jugées excessives par le
Sénat qui le 1
er
juin rejeta par 52 voix contre 23 la proposition
de mandat. Cependant, le 27 avril, l'Arménie avait été
reconnue
de jure
par les Etats-Unis et le Président Wilson avait
accepté de se prononcer sur la question des frontières.
Le projet de traité soumis à l'approbation du gouverne–
ment ottoman ne fut accepté qu'en juillet.
Pendant que les Alliés tergiversaient sur le sort à réserver à
l'Empire ottoman et à la Transcaucasie, le mouvement
kémaliste prenait de l'ampleur et les bolcheviks cernaient les
troupes de Denikine au Caucase.
Les conditions de paix élaborées à San Remo consacraient le
démembrement de l'Anatolie, ce qui amena le mouvement
nationaliste à durcir sa position et à accuser le Sultan de
soumission aux Alliés. Pour faire pression sur les kémalistes, les
Britanniques achèvent l'occupation totale de Constantinople.
Le 16 mars 1920, les marins anglais s'emparent des ministères
(60)
A.M.A.E.F., Turquie, Pol. ext., 144, f 26.
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Fonds A.R.A.M