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I l reste à notre agent à Zeïtoun le devoir d'établir d'une manière positive les
conditions dans lesquelles a été accompli le meurtre du Père Salvatore et la nature
exacte des pertes subies par les Pères Franciscains de Dom-Kalé, Yenidjé-Kalé e1
Mudjuk-Déressi. Ceci ne concerne que nous, puisqu'il s'agit d'intérêts religieux dont
nous avons seuls la défense. M. Barthélémy, d'après mes instructions, doit se rendre
sur les lieux avant de rentrer à Marah et se livrer à une enquête minutieuse. Le
Consul d'Italie, ainsi que vous le savez, participera à cette enquête, en raison de la
nationalité italienne de la victime, mais uniquement comme représentant les intérêts
de la famille. Cette enquête n'a d'ailleurs pas le caractère d'une enquête judiciaire ;
elle se poursuivra en dehors de toute participation de la justice ottomane et n'a pour
but que de me mettre mieux en état de poursuivre auprès de la Porte les réclama–
tions que j ' a i à faire valoir et au sujet desquelles j ' ai déjà fait les plus expresses
réserves.
P. CAMBON.
N° 103 .
M.
DE LA BOULINIÈRE,
Chargé d'affaires de France à Constantinople,
à M. BERTHELOT , Ministre des Affaires étrangères.
Péra, le 22 février 1896.
Les Consuls en mission adressent de Zeïtoun le télégramme - circulaire ci-dessous
aux ambassadeurs:
«
Misère inconcevable parmi les réfugiés, froid glacial, malades par milliers entassés
à côté des cadavres. Les femmes n'ont même plus de quoi se couvrir. Parmi les
premiers réfugiés sortis de la ville, plusieurs sont morts d'épuisement. Aucuns secours,
ceux du Gouvernement ottoman sont insuffisants. Nous faisons un appel en faveur de
ces malheureux dépouillés de tout ».
Tous les représentants des Puissances ont pris entre eux l'engagement d'envoyer
des secours et ont transmis cet appel à leurs gouvernements ; les besoins sont pres–
sants et des collectes sont faites parmi le personnel des ambassades pour attendre
l'arrivée d'autres ressources.
Les réfugiés sont au nombre de
1
2 , 0 0 0
environ.
Je serai très reconnaissant à Votre Excellence de mettre le plus tôt possible la
somme qu'elle jugera nécessaire pour que la part de la France soit conforme à nos
traditions charitables.
J. DE LA BOULINIÈRE.
Fonds A.R.A.M