— 66 —
De son côté, le Gouvernement ottoman nous fait savoir que ses commissaires se–
raient Edhem-Pacha, commandant du corps d'armée d'Alep, qui s'est transporté à
Zeïtoun, et Abdul-Wahab-Pacha, Mutessarif de Marache.
En même temps, le Ministre des Affaires nous informait des conditions mises par
la Porte à la capitulation des insurgés et que le Sultan lui-même avait formulées lors
de la dernière audience de notre collègue de Russie. Elles étaient au nombre de
trois : i° reddition des armes de guerre;
i°
réparation aux frais des Zeïtounlis et par
leurs mains de la caserne fortifiée; 3° poursuite devant des tribunaux réguliers des
fauteurs de l'insurrection.
Toutes ces informations furent transmises à nos Consuls qui se réunirent une se–
conde fois pour délibérer sur la façon d'exercer la médiation. Les uns, les Consuls
d'Autriche et d'Italie proposaient de se rendre à Marach, situé à neuf heures à peine
du théâtre des hostilités; les autres, les Consuls de Russie et d'Allemagne et le Gé–
rant du consulat de France se prononcèrent contre tout déplacement et insistèrent
pour rester à Alep, où l'on manderait les représentants du Gouvernement et ceux
des insurgés; le Consul d'Angleterre réclama le transport à Zeïtoun.
Pour couper court à ces délibérations, les Ambassadeurs se mirent d'accord sur
des instructions qui furent envoyées vendredi soir,
1
o janvier, aux Consuls.
Elles prescrivaient à nos agents de se rendre immédiatement à Marach et même à
Zeïtoun, en cas de besoin, et leur donnaient des indications précises sur le carac–
tère de leur intervention et sur la façon de l'exercer.
Alep est à cinq jours de Marach. I l est impossible de négocier de si loin avec des
insurgés qui tiennent à suivre eux-mêmes une discussion d'où peuvent dépendre
leurs tètes, et avec les autorités militaires obligées de garder leurs troupes en main.
I l est donc impossible de rester à Alep.
Cependant la neige a paru dans la vallée de Zeïtoun, les troupes mal installées,
sans abri, sans vêtements, éprouvent les plus grandes difficultés à se ravitailler. Les
désertions, la maladie, les privations de toutes sortes déciment le petit corps de
1 7 , 000
hommes commandés par Edhem-Pacha. Si l'intervention des Puissances ne
se fait pas promptement sentir, i l est possible que les troupes exaspérées tentent un
effort dont l'échec comme le succès entraîneront de terribles conséquences.
Cette situation préoccupe tellement le Sultan que nous recevons journellement des
communications pour activer le départ de nos Consuls.
Nous nous sommes mis d'accord aujourd'hui pour les inviter à partir dans un délai
de deux jours.
J'imagine que la pierre d'achoppement des négociations sera la poursuite des fau–
teurs du mouvement. Les Zeïtounlis ne consentiront jamais à livrer leurs chefs et, si
ceux-ci parviennent à s'échapper et sont pris, une nouvelle insurrection éclatera pour
obtenir leur mise en liberté.
Je n'ai pas dissimulé au Ministre des Affaires étrangères les difficultés que pourrait
soulever cette condition. I l m'a répondu « qu'on verrait, et qu'une fois en négocia–
tions, i l serait toujours possible de s'arranger ». J'en ai conclu que la Porte se mon–
trerait accommodante.
En
1
863
et en
1 8 7 8 ,
le Gouvernement a, du reste, été obligé, sur les conseils de
la France et de l'Angleterre, d'accorder une amnistie générale.
Fonds A.R.A.M