N° 135 .
M. SUMMARIPA, Consul, chargé du vice-consulat de France à Mersine,
à M. P. CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constan–
tinople.
Mersine, le i 4 décembre 1895.
J'avais été avisé que, hier, après la prière du vendredi, i l devait y avoir un mou–
vement à Mersine. Je me suis empressé de porter ce fait à la connaissance de l'auto–
rité, en la priant de prendre ses mesures en conséquence.
Je ne pensais pas que Tarsous fut menacée du même danger le même jour, quand
hier matin on venait me prier d'informer tout de suite le Mutessarif qu'à Tarsous
les musulmans se soulevaient contre les chrétiens et qu'il y avait déjà eu des victimes.
Je me hâtai d'informer le Mutessarif en le rendant responsable, au nom de mon
Gouvernement, de ce qui arrivait. Naxim-Pacha ne prit que le temps de confier la
garde de Mersine au lieutenant-colonel Essad-Bey et, me priant de l'accompagner,
partit par un train spécial qu i , à toute vitesse, nous conduisit à Tarsous. Nous nous
rendîmes de suite au konak où les autorités, prévenues de notre arrivée, venaient
nous rejoindre. Dès notre arrivée, nous constatâmes que le mouvement concerté et
en voie d'exécution avait pu être enrayé grâce à l'énergie du kaïmakan et du vieux
mu f t i , qui venaient à peine d'être avisés de ce qui allait se passer. Ils se disposaient à
sortir quand ils entendirent le tumulte d'une foule s'enfuyant devant des centaines
de musulmans armés de barres de fer, de couteaux et de bâtons. Le kaïmakan, s'élan-
çant au devant des Turcs, leur barra le passage, brisa même une canne sur la tète
des plus récalcitrants et le reste se dispersa.
SUMMARIPA.
N° 136 .
M.
SUMMARIPA,
Consul, chargé du vice-consulat de France à Mersine,
à M. P. CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constan–
tinople.
Mersine, 18 janvier 1896 .
Le Père Salvatore, de Terre-Sainte, a été tué, près de Marache, après avoir vu
ses ouailles massacrées devant l u i .
I l en est de même du drogman du couvent de Marache, Stefan Pitis, laissant une
veuve et sept enfants. Trois religieux de Yénidjé-Kalé ont disparu sans qu'on ait eu
depuis de leurs nouvelles. On espère encore qu'ils se sont réfugiés à Zéitoun.
Sur une population de vingt villages chrétiens environnant Marache , 4oo personnes
seulement, femmes et enfants, ont pu être transportées en ville. Là,
9 , 0 0 0
personnes
Fonds A.R.A.M