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LES TURCS ONT PASSÉ LA.
Effectivement les soldats rouméliotes connus par leur
libéralisme et par leurs services rendus à la patrie, qui
ignoraient jusqu'alors les événements antérieurs,
furent assaillis, au moment où ils dressaient les tentes,
par des coups de fusils tirés intentionnellement par
quelques musulmans qui s'écriaient. « Les Guiavours
tirent sur les soldats ; ils ne restent pas encore tran–
quilles ». Les soldats reçurent alors de Moustafa
Remzi pacha l'ordre d'attaquer et commirent des ra–
vages terribles ( 1). Croyant réprimer une insurrection
ils tuaient un grand nombre de chrétiens et brûlaient,
en se servant du pétrole, les églises, maisons et bou–
tiques représentant une grande valeur ; tandis que les
vrais dévastateurs, les traîtres de la patrie étaient
émerveillés de la réussite de leur projet. Quelle
est maintenant la Cour martiale qui pourrait les
réprimander ? Quel est celui qui oserait condamner
ces actes d'atrocité pour sauver l'honneur du soldat ?
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° Dans le cas où la Cour Martiale voudrait presser
un peu les musulmans qui massacrèrent les chrétiens,
pillèrent leurs biens et meubles et incendièrent leurs
maisons, ceux-là avoueraient facilement et désigne–
raient les personnes de qui ils en reçurent l'ordre,
et la vérité et la justice seraient ainsi établies.
Les populations musulmanes et chrétiennes d'Adana
et de ses dépendances vivaient depuis des années
dans la paix et la sécurité, et même lors des événe–
ments survenus quatorze ans auparavant, qui livrèrent
l'Asie-Mineure au feu et au sang, la ville d'Adana en
entier, et ses dépendances en partie furent exemptes
des massacres et des ravages.
(1)
Ce qui n'empêche pas une pièce officielle de soutenir que les
soldats arrivés le 12 avril n'ont pas bougé !
Fonds A.R.A.M