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L E S A R S A C I D E S
C H R É T I E N S
chasser les Perses des districts que ceux-ci occupaient encore,
La reconquête partit, nous dit Faustus, du district de Darana/iq
)
près de la frontière byzantine de Cappadoce, et s'étendit jusqu'à
la région de Gandja, dans l'actuel Qarabagh, sur la frontière
persane
1
.
La chronique nous parle notamment de la délivrance
du château de Taronk dans la Kogovit où une héroïque garnison
arménienne tenait depuis des mois contre toutes les attaques des
Perses et où une partie du trésor royal avait pu être sauvée.
Appuyé par l'armée romaine, Mouche/ Mamikonian détruisit les
pyrées mazdéens installés pendant l'occupation perse et, rendant
persécution pour persécution, fit écorcher les chefs ennemis ou les
principaux renégats qu'il put saisir et suspendit leur peau sur
la muraille des villes reconquises. I l en agissait ainsi, dit Faustus,
pour venger son père Yasak qui avait subi le même supplice du
l'ait des Perses au Château de l'Oubli
2
.
Faustus raconte ensuite
avec de pittoresques détails plusieurs batailles rangées où les
troupes arméno-romaines triomphèrent des Perses commandés,
affirme le chroniqueur, par le roi Châhpouhr I I en personne. La
bâtai le décisive se serait livrée près des sources du Mourad-sou
(
Euphrate oriental) et des monts Nébad (Niphatès), à l'est de
l'Ala-dagh, au nord-est du lac de Van, dans le district de Bagavan
(
Utch-Kilissé). Pendant le combat, saint Nersès, du haut du mont
Nébad, contemplait l'action, suppliait Dieu et réconfortait le
roi Pap. Les troupes arméniennes étaient conduites par l'héroïque
Mouche/ Mamikonian qui, monté sur son coursier blanc, affron–
tait les Aghouans ou Albaniens et leur roi Ournaïr, auxiliaires
de l'armée perse. Pendant ce temps, sur un autre secteur du
champ de bataille les Romains attaquaient les Perses eux-mêmes.
Moïse de Khorèn veut que le général arménien Sembat Bagra–
touni, un des lieutenants de Mouche/, ait fait prisonnier le
traître Meroujan Ardzrouni et lui ait infligé le châtiment de ses
crimes en lui imposant sur la tête une couronne de fer rouge
3
.
Mais Faustus nous dit au contraire que Méroujan, qui regrettait
;
ans doute sa conduite, avait, avant le combat, fait passer de
précieux avis à Mouche/. Faustus fait d'ailleurs mourir Méroujan
beaucoup plus tard
4
.
La même source nous raconte ensuite une
1.
FAUSTU , V, 1.
2.
Ibid.
3.
Récit coloré chez Thomas Ardzrouni : « Méroujan (ici Méhoujan) qui
n
'
abandonnait pas ses idées de royauté, ayant léuni de nombreux bataillons,
des diapeaux et enseignes sans nombre, s'en vint au village de Tzirav, canton
du Bagrévand et voulut pénétrer dans les territoires servant de résidence
aux rois. Sembat le Bagratide marcha contre l u i , les enseignes déployées, au
son des trompettes impériales. Ses bataillons cernèrent l'armée de Méroujan
afin
de lui couper la retraite. A u m ê m e moment, Méroujan s'élance avec
impétuosité. Le brave Sembat coupe le jarret de son cheval caparaçonné de
fer
et, posant le pied sur le cou de son ennemi : « Viens, roi d'Arménie, que je
te
couronne 1 » Et i l lui étreignit le crâne avec un fer rouge. » (THOMAS
ARDZROUNI,
I,
§, 9 BROSSET, t,
I,
p. 58).
4.
FAUSTUS, V, 4 et 43. MOÏSE,
I I I ,
37.
Fonds A.R.A.M