sur le fleuve Kasakh (i). Voici ce que disent les
fables :
«
Vartkès (2), encore enfant, étant parti
M Du canton de Douh, près dufleuveKasakh,
H Va se fixer près de la colline de Chérech,
<c
près de la ville d'Ardimet (3), près dufleuveKa–
sakh , ]
«
Pour tailler et sculpter la porte d'Erouant, roi (4). »
C'est Erouant premier qui vécut peu de temps
et descendait de Haïg. Vartkès, ayant épousé sa
sœur, éleva ce bourg. Tigrane (Dikran) second,
de la race des Àrsacides, y établit de nombreux
juifs provenant de la première captivité, et ce lien
devint une bourgade commerçante (5). Vagharsch
l'entoura de murailles et de forts remparts, et
l'appela Vagharschabad, qui est nommée encore
la Nouvelle-Ville. Ce prince mourut après vingt
ans de règne. Les autres vécurent seulement; mais
lui, je le dis, continue à vivre après sa mort, à
cause de sa bonne renommée qui relève au-dessus
des rois pusillanimes et efféminés. Car, de son
temps, les masses coalisées des peuples du Nord,
j'entends parler des Khazirs (6) et des Pasils,
franchissant la Porte de Djor (7), sous la conduite
(1)
Cette rivière, qui vient du mont Arakadz, coule
du nord au sud et arrosait les villes de Valarsabad ou
Vagharschabad et de Garpi, dont elle prit les noms.
Le nomderivièrede Garpi lui est resté ( Saint-Martin,
Mém. surl'Arm.,
t. I , 11, p. 39 et 40). —Cf. Indjidji,
Arm.
anc,
p.
472,
et Arm. mod.,
p.
255.
(2)
Vartkès,
littéralement « à la chevelure rose ».
(3)
Ardimet et Vartkès étaient les noms primitifs de la
ville de Vagharschabad (Indjidji,
Arm. anc,
p. 472).
(4)
M. Émin, dans sa Dissertation sur les chants his–
toriques de l'ancienne Arménie, a coupé les vers qu'on
vient de lire d'une autre manière que les Mékhitaristes
dont nous avons adopte ici le système ( Cf. Storia di
Mose Corenesc, versione iialiana : Venise, 1850, p. 216).
Voici comment le savant orientaliste russe a divisé les
vers du fragment poétique en question (Dissertation...
p. 93-94) :
«
Vartkès, encore enfant, — » étant parti
«
Du canton de Douh, — » près dufleuveKasakh,
1
«
Va sefixer— » près de la colline de Chérech,
«
Près de la ville d'Ardimet, —» près du fleuve
[
Kasakh,
«
Pour tailler et sculpter la porte — » d'Erouant, roi. »
1
j
(5)
Cf. Moïse de Khorène,
Hist. d'Ami.,
liv. II, ch. 14. •
(6)
Ce peuple habitait la Sarmatie ; il est mentionné .
dans la Géographie attribuée à Moïse de Khorène. — Il
est souvent question des Khazirs ou Khazars dans l'his–
toire du Bas-Empire. Au septième siècle, ils occupèrent
(
a Ghersonèse taurique
(
Formaleone; Storia det
Mar-
Nero,
t. II, p. 81 ); et on suppose que les Tartares de la
Crimée' sont leurs descendants. — Cf. Saint-Martin, '
Mém. sur PArm.,t.
n , p .
334-335.
(7)
La Porte de Djor, appelée
Zour
par Procope (
De ,
de leur roi Venaseb Sourhab
( 1 ) ,
passent le
fleuve
Cyrus (Gour), et se rassemblent dans cet endroit.
Vagharsch accourt avec une nombreuse armée de
vaillants soldats, et jonche toute la surface de leur
camp d'une multitude de cadavres; puis, pour–
suivant vigoureusement les ennemis, il franchit le
défilé de Djor. Là, ceux-ci s'étant ralliés, se ran–
gent en bataille, et, bien que les braves Arméniens
les aient encore battus et mis en fuite, cependant
Vagharsch meurt [frappé] par d'habiles archers,
[
après avoir régné vingt et un ans] (a).
Le trône de Vagharsch est occupé par Chos–
rocs (Rhosrov) (3), son
61
s,
la troisième année
d'Artaban (Àrdavan), roi des Perses. Aussitôt ce
prince, à la téte des forces de l'Arménie, passe
la grande montagne (le Caucase) pour venger la
mort de son pè r e , poursuit avec l'épée et la
lance ces populations courageuses, prend sur elles
la centième partie des choses utiles, et, comme
signe de sa domination, il "laisse une colonne
avec une inscription grecque, afin qu'il demeure
évident que le pays est sous l'obéissance des Ro–
mains.
CHAPITRE L XV I .
D'où sont tirés tous cesfaits.
Ces faits nous sont transmis par Bardesane
(
Partadzan) d'Édesse, qui fleurit comme histo- '
rien au temps du dernier Antonin
(4).
I l avait été
A .seipie de l'hérésie de Valentinien ; puis il l'avait
rejetée et combattue, et i l n'était pas arrivé à la
vérité. Séparé de ce dernier, i l avait fondé une
Bell. Gotli.,
IV, 3 ) et aussi nommée Porte des Alains
ou des Aghouank, est un défilé connu de nos jours sous
le nom de Porte de Derbend et qui se trouve à l'endroit
où le Caucase vient aboutir à la mer Caspienne. Ce dé–
filé est souvent mentionné dans les historiens arméniens,
arabes et persans. Alexandre y avait, dit-on, dressé
une porte de fer dont il est fait mention dans la Chro–
nique syro-arménienne de Michel le patriarche.
(1)
Il est probable que ces deux noms n'appartiennent
pas au même personnage et que le texte arménien a été
légèrement altéré dans cet endroit ; je propose de lire :
«
sous la conduite de leurs rois, Venaseb et Sourhab. »
—
Cf. Saint-Martin,
Mém. sur FArm.,
1.
1,
p. 301.
(2)
Ce qui est entre crochets [ ] manque dans presque
tous les manuscrits; nous avons vu, quelques lignes plus
haut, qu'il est dit que Vagharsch mourut après vingt ans
de règne.
(3)
Chosrocs le Grand régna de 198 et 232 de notre
ère, et fut assassiné par un seigneur arsacide appelé
Anag, qui était le père de saint Grégoire l'Illuminateur.
(4)
Voir ce que nous avons dit touchant l'époque où
fiorissait Bardesane, dans l'Introduction placée en tête
des Fragments que nous avons rassemblés, p.
57-61,
du
t. I
e r
de notre Collection des historiens arméniens.
Fonds A.R.A.M