ghiovid et d'Arpéran. Mais ils firent au roi de
plus vives réclamations, en disant : « Nous som–
mes encore plus à l'étroit. » Diran nefitpas droit
[
à leur requête] ; il refusa de leur donner d'au–
tres domaines, et partagea entre eux , par par–
ties égales, le territoire qu'ils occupaient. Le par–
tage fait par tête, le territoire de Haschdiank
fut trouvé insuffisant pour le nombre des habi–
tants. Alors beaucoup d'entre eux allèrent dans
les cantons d'Aghiovid et d'Arpéran.
Il y avait, dit-on, du temps de Diran on jeune
homme de la race des A ntzévatzi accompli en
toutes choses et appelé Erakhnavou; il épousa
la dernière des femmes d'Ardava zt, que ce prince
avait ramenée de Grèce. Ardavazt n'ayant pas de
fils, le roi laisse à Erakhnavou toute la maison
d'Ardavazt; car on disait celui-là homme de mé–
rite , modéré en toutes choses, et réglé dans ses
passions. Le roi, qui l'aime, lui donne le second
rang qu'occupait Ardavazt, lui confie l'armée
d'orient et laisse près de lui Trouasb le perse,
son favori, qui était allié aux satrapes du Vas-
bouragan, et à qui il avait donné le bourg de Da-
dton avec son territoire, et, une grande vigne ar–
rosée par un canal venant du lac de Kaïladou ( i ) .
Diran s'en alla dans les contrées d'Egéghiatz,
établir sa cour dans le bourg de Tchermès, et il
occupa le trône vingt et un ans. I l périt enseveli
sous une avalanche.
CHAPITRE LX I I I .
De Tiridate [Dertad] le Bagratide. — Noms de sa
première race.
Assurément Tiridate (Dertad), de la race des
Bagratides (Pakradouni), fils de Sempadouhi, fille
du brave Sempad, était un homme courageux et
fort, de petite taille et d'apparence chétive. Le
roi Diran lui fit épouser safilleEraniag. Celle-ci
haïssait son mari Tiridate, et allait toujours se
lamentant, murmurant et se plaignant d'être con–
trainte, elle si belle, de cohabiter avec un homme
disgracieux ; d'être alliée, elle sortie d'une maison
illustre , à un homme d'un rang inférieur. Tiri–
date, indigné, la frappa un jour très-rudement,
arracha sa blonde chevelure, et l'ayant dépouillée
de ce riche ornement, il commanda qu'on l'en–
traînât et qu'on la jetât hors de l'appartement.
Lui-même, s'etant révolté, s'en alla dans les con-
(1)
Le
Kailai ,
diminutif de A-ali (loup), était situé
dans la province d'Ararat. — Cf. la Géographie attribuée
àMoïse de Khorène, dans les
Mémoires sur VArménie
de Saint-Martin, t. II, p. 366-367.
trées imprenables de la Médie. Arrivé an pays
de Siounie, il apprend la mort de Diran, et à
cette nouvelle il s'y arrête.
Un jour Tiridate est invité à la table de Pa-
gour, chef de la famille de Siounie. Au milieu des
joies de l'ivresse, Tiridate voit une femme d'une
grande beauté, qui chantait en s'accompagnant
d'un instrument, et qui s'appelait Nazinig. Trans–
porté d'amour, il dit à Pagour : « Donne-moi
cette chanteuse ? » — « Non ( répond celui-ci),
car c'est ma favorite. » Tiridate saisissant alors
Nazinig, l'attira à lui aumilieu du festin, et donna
cours à sa passion comme un jeune libertin. Pa–
gour, furieux
de
jalousie,
se
leva pour l'arracher
[
à son rival], mais Tiridate, debout, s'arma d'un
vase rempli de fleurs, et chassa du banquet les
convives. On croyait voir un nouvel Ulysse
expulsant le prétendant de Pénélope, ou bien la
lutte des Lapithes et des Hippocentaures (i) aux
noces de Pirithoùs. Mais il est superflu de toucher
le sujet des prouesses de cet homme débauché.
Sache donc que la race des Bagratides, en
abandonnant la foi de ses pères (a), reçut d'a–
bord des noms barbares, Piourab, Sempad, et
autres appellations du même genre ; privés ainsi
des noms de leurs aïeux, qu'ils portaient avant
leur apostasie, Pakatia, Doupia, Sénékia, Assout,
Sapadia, Vazaria, Enanus. U me semble que le
nom de Pakarad que portent à présent les Bagra–
tides est bien Pakatia ; de même qn'Assout est
Achot ; de même aussi Vazaria est Varaz ; Scham-
pad est Sempad.
(1)
Ouchgabarig
est le nom d'une divinité inconnue
du paganisme arménien, que les traducteurs ont appli–
qué sans raison soit aux Sirènes, soit aux Hippocen–
taures. (Cf. Émin,
Recherches sur le paganisme armé–
nien,
p. 36. ) Ainsi, dans la traduction grecque de la
Chronique d'Eusèbc, les Sirènes dont parle ApoDodore
sont appelées
Ouchgabarig
(
t. I , p. 12. 13 del'éd. Au-
cber ), et Moïse de Khorène, en rappelant ici le combat
des Lapithes et des Centaures, d'après Bardesane, se
sert également de la même expression. Grégoire Ma-
gistros dans sa lettre à Thornig Mamigonien, désigne
également les Sirènes sous le nom
à
1
Ouchgabarig.
(
Chronique d'Eusèbe, éd. Aucher, p. 13, note 1.)
(2)
Les Bagratides qui descendaient du juif Schampa
Pakarad, conservèrent longtemps leur religion, après que
le chef de la famille fut entré au service de Valarsace
fondateur de la dynastie arsacide .d'Arménie. Ils furent
même pressés à plusieurs reprises d'abandonner leur
foi religieuse pour embrasser le culte des idoles. ( Moïse
de Khorène, II, 8, 14.) S'étant convertis au christia–
nisme, les Bagratides continuèrent à jouer un grand
rôle politique en Arménie, et à la chute des Arsacides
cette famille avait conquis le premier rang parmi les sa–
trapes du pays ( Indjidji,
Archéol. de VArm.,
t. II,
p. 96-108 ). Les Bagratidesfondèrentmême une dynastie
au neuvième siècle, dont le siège fut la ville d'Ani.
Fonds A.R.A.M