A Moscou, on est d'ailleurs persuadé, après le rapport
adressé le 8 octobre par Ordjonikidze, que la chute du
gouvernement dachnak est imminente. Le 14 octobre, sur
proposition de Tchitcherine, le Politburo, « en accord avec le
P.C. d'Arménie et le C.C. du Kavburo », juge nécessaire de :
a) prendre des mesures énergiques afin d'instaurer le pouvoir
soviétique en Arménie, b) accorder à l'Arménie un appui
politique pour arrêter l'avance des Turcs, c) soutenir le
nouveau pouvoir soviétique. Le même jour, Tchitcherine
adresse à Legran, en mission à Erevan, les directives suivantes :
«
Soyez très réservé dans vos rapports avec les Turcs et les
Arméniens pour ne pas nous engager dans des opérations
actives. Seule une politique pacifique s'impose pour éviter une
crise sérieuse. Dites aux Arméniens que nous sommes prêts à
offrir notre médiation dans leur conflit avec les Turcs (71). »
La mission Legran est arrivée le 12 octobre. Elle comprend
30
membres parmi lesquels deux bolcheviks arméniens, Sahak
Ter-Gabrielian et Achot Hovhanessian, ainsi que le commis–
saire militaire Siline. Le jour même de son arrivée, elle entame
les pourparlers avec le gouvernement. I l faut faire vite, trouver
un
modus vivendi
avec les Turcs qui semblent hésiter à
poursuivre leur avance en attendant la réaction de l'Entente et
de Moscou. Legran fait connaître ses suggestions pour em–
pêcher l'extension du conflit avec les Turcs :
—
dénoncer le traité de Sèvres ;
—
rompre les négociations diplomatiques avec les puis–
sances de l'Entente et accorder la libre disposition des chemins
de fer aux forces russes, azéries et turques pour faciliter la lutte
commune contre l'Entente ;
—
soumettre le différend territorial avec la Turquie à
l'arbitrage du gouvernement de la Russie soviétique (72).
N'est-ce pas déjà, sous une forme à peine déguisée, la
demande d'instauration d'un pouvoir pro-soviétique en Ar–
ménie, seul moyen pour la mission Legran de faire comprendre
aux Turcs que le caractère « anti-impérialiste » de leur guerre
n'est plus à la mesure des circonstances nouvelles ? I l est
évident qu'aux yeux des Soviétiques leur médiation dans le
différend arméno-turc ne pouvait aboutir qu'au prix d'un
(71)
Hist. dupeup.
arm.
(37),
vol. V I I , p. 104.
(72)
Hist. du peup. arm.
(37),
vol. V I I , p. 105.
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Fonds A.R.A.M