Mais si les Géorgiens paraissent maîtres de la situation,
celle-ci se dégrade. Trois mois plus tard, dans une note
adressée à son gouvernement, de Martel rapporte : « Le
gouvernement démocrate de Jordania, qui s'appuie sur les
ouvriers des chemins de fer et le prolétariat de Tiflis, perd de sa
popularité et voit se dresser contre lui le parti des paysans qui
s'éloigne d'une politique purement socialiste. D'autre part,
les extrémistes encouragés par les succès des Soviets et à qui
sont acquis les chefs de la garde nationale, constituent un
danger susceptible de devenir sérieux. (...) Le gouvernement
géorgien, quoi qu'il en soit, paraît hors d'état de soutenir une
lutte qu'il ne tiendra même pas à engager (69). »
Ce jugement pessimiste, qui à l'époque paraissait excessif,
témoignait néanmoins de la progression de l'influence
bolchevique dans un pays qui semblait pourtant y être fort peu
sensible.
C'est l'Azerbaïdjan qui paraissait le plus accessible à la
bolchevisation. Aidés par les Soviets en armes et en argent, par
les voies de mer et de terre devenues libres après la défaite de
Denikine, les bolcheviks de Bakou ne rencontrent que peu
d'opposition de la part du gouvernement moussavatiste ; ils
s'organisent pour la prise du pouvoir à l'aide de l'Armée rouge
qui approche des frontières nord de l'Azerbaïdjan. Les 11 et 12
février 1920, à la réunion clandestine des bolcheviks à Bakou,
ceux-ci proclament enfin la formation, sous la présidence de
M.D. Khousseïnov, du
Parti communiste azéri.
Ce « spé-
cifisme », accusation portée jadis contre les partis nationaux de
tendance marxiste (S.D. arméniens, bundistes, etc.) devait
préluder à la création des P.C. arménien et géorgien, et au
maintien dans l'avenir des républiques nationales appelées à
devenir soviétiques.
Le 15 mars, le Kraïkom s'adresse au C.C. panrusse pour
demander une aide en vue de la libération des peuples du
Caucase du joug des interventionnistes étrangers et des
gouvernements bourgeois nationalistes. Deux jours plus tard,
Lénine déclare dans un message adressé au Comité militaire
révolutionnaire du front du Caucase : « La prise de Bakou nous
est absolument indispensable (70). » Mais dans son message
(69)
A.M.A.E.F., Europe-Russie, 629, f° 83.
(70)
Victoire dupouv. soviet, en Transe.
(143),
p. 435.
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Fonds A.R.A.M