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mencé par quelques pillages; les Turcs n'ont pas tardé à suivre leur exemple et l'on
peut affirmer aujourd'hui que les pillards sont maîtres absolus de la campagne. Ils en
profitent pour arrêter les voyageurs, les rançonnent et les frappent, et ceux-ci
s'estiment trop heureux quand ils ne laissent que leur argent. Ces maraudeurs pillent
les fermes chrétiennes et les brûlent. Ensuite ils vont vendre publiquement leur
bu t i n , consistant principalement en bestiaux.
A Missis, les habitants, secondés par les soldats et les zaptiés de la localité, sont
entrés de force en armes dans l'église arménienne, ont foulé aux pieds les livres
saints, profané les vases sacrés, arraché la toque du prêtre qu'ils ont remplie d'im–
mondices et ont déshabillé la femme du prêtre ; celui-ci s'étant plaint a été envoyé
sous escorte à Adana, où i l est emprisonné.
Je me suis préoccupé du sort de nos religieux d'Akbès et de Cheiklé exposés sur
les confins du vilayet et leur ai proposé de leur faire donner soit une garde s'ils
désiraient rester où ils sont, soit une escorte au cas où ils jugeraient leur sécurité
compromise.
SUMMARIPA.
N° 131 .
M. P. CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constantinople,
à M. SUMMARIPA, Consul de France à Mersine.
Péra, 17 novembre 1895.
J'ai reçu votre rapport du 1
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de ce mois. Veuillez requérir immédiatement le
vali de rendre la liberté au prêtre arménien de Missis et d'assurer la sécurité des
églises.
Le croiseur
Linois
est en route pour Mersine.
P. CAMBON.
N° 132.
M. SUMMARIPA, Consul, chargé du vice-consulat de France à Mersine,
à M. P. CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constan–
tinople.
Mersine, le 19 novembre i 8 g 5 .
Dans le périmètre d'Adana, les Arméniens victimes des déprédations des marau–
deurs, Circassiens principalement, se sont tous réfugiés en ville. A Adana même, ils
subissent sans murmurer les avanies, insultes et coups des Turcs, civils et soldats.
Quant aux chrétiens habitant des villages rapprochés de Payés, où ils forment une
population plus compacte, ils se sont réunis à Tchok-Merzémen après avoir assisté au
pillage et à l'incendie de leurs fermes. Là, ils résistent à l'assaut des pillards, encou–
ragés par l'inaction des troupes turques campées à une faible distance.
Fonds A.R.A.M